2005-2015 : les années sombres des Lions de l’Atlas

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Après une finale de CAN perdue face à la Tunisie, les Lions de l’Atlas n’ont pas su se relever après cet échec, tombant même dans un marasme sportif. Retour sur les 10 ans les plus chaotiques du football de sélection marocain…

14 février 2004, Stade olympique de Radès. L’antre de la banlieue tunisoise accueille ce jour-là la finale de la Coupe d’Afrique des Nations : la Tunisie, tombeuse du Sénégal et du Nigeria et pays hôte de la compétition, affronte le Maroc, surprenant finaliste après avoir éliminé le rival algérien et le Mali. Un scénario cruel pour les hommes de Badou Zaki : après une rencontre disputée, les Aigles de Carthage s’imposent devant leur public (2-1) et remportent la première CAN de leur histoire. Un trophée leur permettant d’inaugurer ainsi leur palmarès continental mais entraînant, de l’autre côté, le début d’une dépression chez les Lions de l’Atlas…

Premier regret : le Mondial 2006

Après cette malheureuse médaille d’argent, le Maroc, toujours mené par le Ballon d’or africain 1986 Badou Zaki – seul gardien de but à avoir remporté cette distinction – a un nouvel objectif en tête : une qualification pour la Coupe du Monde 2006 prévue en Allemagne. Après 1998, les Lions avaient perdu leur ticket pour la Coupe du Monde 2002, organisée au Japon et en Corée du Sud, et ce à la différence de buts face au Sénégal. Cette fois-ci, pour rapidement relever la tête, l’échec est interdit. Dans un groupe 5 partagé notamment avec la Guinée et la Tunisie, le Maroc rate le coche lors de la dernière journée après un match nul concédé face aux champions d’Afrique en titre, qui valident leur place de leader et gagnent donc leur billet pour le Mondial allemand.

Avec sa deuxième place dans cette phase qualificative tout en restant invaincu (5 victoires, 5 nuls), le Maroc se contente d’une place à la CAN 2006, que ne disputera pas Badou Zaki : peu après le second échec à Radès, l’ex-international aux 118 sélections laisse sa place à Philippe Troussier, passé par la Côte d’Ivoire et le Japon. Ça ne durera pas longtemps pour le naturalisé Ivoirien : trois mois et puis s’en va. «Nous avions des divergences de vues assez profondes», avait-il déclaré à l’annonce de son départ. La presse marocaine dévoile ensuite son intention de nommer des entraîneurs adjoints étrangers, ce qui n’était pas du goût de la FRMF. Dans cette optique, la Fédération nomme un coach local : M’hamed Fakhir, fort d’expériences dans le championnat local. La sélection, menée par le natif de Casablanca, termine 3e de sa poule en Egypte. Fin de parcours prématurée.

2006-2010 : les chaises musicales

Que ce soit pour le football de sélection ou de club, le Royaume chérifien ne traverse pas la meilleure période, peut-être même la pire depuis ses débuts en 1957, étant donné le potentiel de l’équipe. En effet, sur le papier, l’effectif à la disposition des sélectionneurs est loin d’être modeste. Avec les Naybet, Kharja, Chamakh ou encore Y. Hadji, plusieurs cadres de l’équipe finaliste de la CAN 2004 continuent de prêter main forte à la sélection. Néanmoins, les résultats ne suivent pas, entraînant parallèlement une valse des entraîneurs. Après Fakhir, limogé en août 2007 malgré une qualification à la CAN 2008, quatre entraîneurs se succèdent en l’espace de trois ans, dont deux Français : feu Henri Michel, triple champion de France avec le FC Nantes dans les années 70, et Roger Lemerre, champion d’Europe avec les Bleus… et d’Afrique avec la Tunisie en 2004.

Que ce soit les deux ex-internationaux tricolores ou les deux locaux (Fathi Jamal et l’intérimaire Hassan Moumen), aucun d’entre eux ne réussit à installer une stabilité sportive satisfaisante : élimination en poules de la CAN 2008 et une dernière place au troisième tour des qualifications pour le Mondial sud-africain, l’empêchant également de jouer la CAN 2010 en Angola. Aucune représentation à l’échelle continentale ni internationale durant quatre ans, ça n’était plus arrivé aux Lions de l’Atlas depuis près de 20 ans. Le président de la fédération de l’époque Ali Fassi Fihri appelle alors un grand nom à la tête des A et des locaux : le Belge Eric Gerets, venu apporter son expérience européenne, étant notamment passé par l’OM (2007-2009). «Beaucoup de joueurs étaient déjà là avant, mais il n’y avait pas de résultat. Il a su donner confiance à ses joueurs. Il est train de construire une belle équipe, une équipe qui peut nous emmener loin», déclare alors le patron de la FRMF quelques mois après son arrivée.

2010-2014 : un semblant de réveil

Avec un détenteur d’un palmarès bien rempli, que ce soit en tant que joueur et entraîneur, le sélectionneur belge a une mission claire : redorer le blason marocain en Afrique et pourquoi pas au-delà. Cela passe par des éliminatoires de la CAN 2012, dans un groupe qu’il partage alors avec le rival de toujours : l’Algérie. Après avoir été invaincu sur ses 5 premières échéances, le Lion de Rekem tombe pour la première fois à Annaba sur la plus petite des marges (1-0) face à des Verts diminués (sans Bougherra et Ziani, Yahia sorti sur blessure). La défaite est amère, la revanche est attendue pour le match retour à Marrakech. Dans un Grand Stade bouillant, les Lions étrillent leur voisin (4-0), notamment grâce à des réalisations de Medhi Benatia et Marouane Chamakh, et pensent enfin se débarrasser de leurs démons. Raté. Par la suite, les matches amicaux réussissent souvent (ou presque) au Maroc version Gerets, mais dès qu’apparaît un semblant d’enjeu, les Lions de l’Atlas n’arrivent pas à gérer la pression et s’écroulent au fil des rencontres.

Les exemples les plus parlants restent les CAN 2012 et 2013, avec un scénario identique à chaque match de poule : une domination dans le jeu parfois concrétisée en première période et un second acte toujours en dessous physiquement et tactiquement. Résultat : deux sorties prématurées après le premier tour, confirmant les maux de cette sélection en compétition officielle. Une défaite à Maputo face au Mozambique accentue les critiques et pousse la fédération à démettre Eric Gerets de ses fonctions pour un entraîneur marocain : Rachid Taoussi. Le natif de Sidi Kacem sort d’une année 2011 pleine de trophées avec le Maghreb de Fès (Coupe de la CAF, Supercoupe de la CAF, Coupe du Trône). Après avoir renversé le Mozambique à Marrakech (4-0), l’énième réveil des Lions paraît se dessiner. Encore raté : trois matches nuls à la CAN 2013, synonyme de sortie en poules, et une deuxième place (encore) en qualifs pour le Mondial 2014 derrière la Côte d’Ivoire. Les hommes changent, pas les résultats…

2014-2016 : la fin du cauchemar… ou presque

La FRMF étant en pleines élections présidentielles, le Maroc passe plusieurs mois sans sélectionneur et se contente d’un intérim de Hassan Benabicha, sélectionneur des locaux, pour diriger l’équipe lors d’un amical face au Gabon en mars 2014. C’est seulement deux mois plus tard que la fédération décide de faire confiance à celui qui avait connu les derniers bons souvenirs de la sélection : Badou Zaki. De retour après plusieurs expériences en Botola (D1), le Ballon d’or africain 1986 repose sur un vivier de binationaux après une campagne d’envergure organisée par le nouveau président Faouzi Lekjaa. Quelques mois après son arrivée, plusieurs talents du football européen sont convaincus par le projet sportif de la FRMF, que ce soit aux Pays-Bas (Ziyech), en Espagne (Munir) ou encore en Italie (Mastour).

Sportivement, l’équipe se porte mieux. On dit souvent que la malchance ne frappe jamais deux fois au même endroit, mais c’est ne pas connaître la déveine du Maroc, victime d’un nouvel obstacle : le virus Ebola. En 2015, le Maroc a l’occasion d’organiser la deuxième CAN de son histoire après 1988. Néanmoins, l’épidémie amène le ministère marocain de la santé à demander le report de la compétition. La CAF, ne voulant pas bousculer son calendrier et en plein conflit avec la FRMF, décide de retirer la CAN au Royaume tout en disqualifiant l’équipe nationale pour trois éditions, y ajoutant une amende d’un million de dollars (soit plus de 750.000 euros à l’époque) (1). Absent de la CAN 2015, Zaki en profite pour convoquer des joueurs convoités par les sélections européennes (Boufal, Fajr…) et ainsi préparer ardûment les prochaines rencontres officielles. Avec les renforts binationaux, les Lions de l’Atlas ont su prendre du gallon progressivement.

Après avoir raté la CAN 2006, rebelote pour Zaki à l’édition 2017… En effet, la fédération commence à voir plus grand et souhaite un sélectionneur qui a triomphé à l’échelle africaine par le passé pour apporter son sens de la gagne. La mission de Lekjaa est réussie : vainqueur des CAN 2012 avec la Zambie et 2015 avec les Éléphants, Hervé Renard devient le nouveau sélectionneur du Maroc. Malgré des difficultés lors de sa dernière expérience en France (2), celui qu’on surnomme le «Sorcier Blanc» est de retour dans un football qu’il connaît mieux que sa poche et permet aux Lions de l’Atlas de rugir de nouveau…

(1) La sélection marocaine avait d’abord été écartée de deux éditions de la CAN. Saisi par la FRMF, le Tribunal Arbitral du Sport a finalement annulé les exclusions pour les CAN 2017 et 2019 et à également réduit l’amende à 50.000 dollars.

(2) Avant de diriger les Lions de l’Atlas, Renard avait signé un contrat de trois ans au LOSC, mais des résultats décevants avaient obligé les dirigeants nordistes à le démettre de ses fonctions au profit de Frédéric Antonetti.

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