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Amadou Ba : Macky Sall a-t-il intronisé un dauphin ?

Depuis son accession au pouvoir en mars 2012, Macky Sall a toujours écarté toute idée de « dauphinat » au sein de son parti. Mais, le retour « inattendu » du poste de Premier ministre et le choix porté sur Amadou Ba, à seulement quelques mois de la Présidentielle de 2024, lèvent un coin du voile sur ses véritables ambitions.

Le président de la République, Macky Sall, a maintes fois clamé qu’il serait contre toute idée de « dauphinat ». Mieux, il avait supprimé le poste de Premier ministre, en mai 2019, soit deux mois après sa réélection pour un mandat de 5 ans, évoquant ainsi à une nouvelle gouvernance en mode ‘’fast-track’’.

« Si je suis réélu en 2019, ce sera mon dernier mandat »

Il est, toutefois, clair que le retour à la case départ et la nomination d’Amadou Ba, dans un contexte de percée significative de l’opposition, notamment à l’Assemblée nationale, prouvent qu’il a changé de cap. En effet, au-delà de l’expertise incontestée du nouveau chef du gouvernement, qui est un commis de l’Etat et de l’administration fiscale, le choix du leader de la coalition Benno Bokk yaakaar (Bby) semble revêtir un caractère politique. Mieux, la tête de liste départementale de Benno à Dakar lors des Législatives de 2017, pourrait devenir son dauphin, si l’on sait qu’une supposée troisième candidature en 2024 s’avère être très risquée.

« Si je suis réélu en 2019, ce sera mon dernier mandat », avait-il déclaré à l’occasion de son entretien avec la presse nationale le 31 décembre 2018. Un an plus tard, Macky Sall ne dit «ni oui ni non » par rapport à la possibilité d’un troisième mandat. Et pour cause : « Si je dis que je ne suis plus candidat, les membres du gouvernement ne vont plus travailler. On dira que le Président va partir, chacun va essayer de se positionner en démarchant des gens. Il n’y aura plus de travail. Ça n’a pas d’intérêt. Si je dis que je suis candidat, les manifestations vont s’accélérer et une vive polémique va s’ensuivre ».

Amadou Ba, « potentiel dauphin »

Alors, Macky Sall compte-t-il miser sur le cheval Amadou Ba pour l’élection présidentielle de 2024 ? Journaliste analyste politique, Hamath Kane se veut prudent. Pour lui, « soit, Macky Sall est en train de préparer Amadou Ba ou quelqu’un d’autre qu’il a encore en poche, qui peut être une autre surprise, ou alors, il envisage une troisième candidature », a-t-il d’emblée fait savoir. Le coordonnateur du journal Bés bi-Le Jour ajoute que « c’est aller beaucoup plus vite que la musique que de dire qu’il est un successeur, mais quand même un dauphin potentiel ».

Toutefois, il admet que même si M. Ba ne pourra endiguer la vague Yewwi, ce que le président, lui-même, n’arrive pas à faire, mais il pourrait tenir tête.

Quoi qu’il en soit, notre interlocuteur pense que le Premier ministre, technocrate, doublé d’un politique, peut être « un potentiel choix pour la succession », parce que, explique-t-il, « si c’était un technocrate, on aurait pensé que le président n’est pas encore prêt à choisir quelqu’un qui pourrait lui succéder ».

Allant plus loin, le journaliste estime que le message est plus ou moins clair. « Cela prouve qu’il mise sur Amadou Ba », observe Hamath Kane, qui indique que l’ancien ministre des Affaires étrangères sera la cible de l’opposition.

« Amadou Ba, qui a acquis une certaine expérience politique, a tous les atouts pour être choisi, tout comme tant d’autres leaders comme Aly Ngouille Ndiaye ou Abdoulaye Daouda Diallo ».

«Choisir Amadou Ba le temps de mûrir son intention de briguer un 3ème mandat»

Pour sa part, Pr Moussa Diaw ne croit pas que le choix porté sur Amadou Ba puisse être considéré comme la préparation d’un dauphin, car, dit-il, le chef de l’Etat Macky Sall n’avait pas beaucoup de choix. « La nomination d’Amadou Ba s’est imposée puisque ce dernier a souligné qu’il a été informé par le Président dans la matinée. Le Président était dans une situation politique complexe créée par la réaction d’Aminata Touré lors de l’élection du président de l’Assemblée nationale », explique l’enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Ugb. Qui pense, d’ailleurs, qu’il fallait trouver un moyen de limiter les dégâts et d’éviter l’effet d’une implosion dans sa majorité.

« Face à cette situation, l’urgence exigeait qu’il porta son choix sur Amadou Ba le temps de mûrir son intention de briguer un troisième mandat dont les actes posés, comme le retour de Ismaïla Madior Fall au ministère de la Justice, l’Installation du juge Badio Camara à la tête du Conseil constitutionnel et la création d’un ministère de la Sécurité de proximité auprès du ministère de l’Intérieur, constituent le dispositif juridico-sécuritaire pour soutenir sa volonté de garder le pouvoir », analyse le politologue.

Pr. Diaw soutient que dans cette optique, le ‘’gouvernement de combat’’ est initié pour contrer les velléités de l’opposition à faire obstacle à son projet de 3ème mandat.

Maintenant, « à partir de ce moment, en fonction des résultats obtenus par le gouvernement dirigé par Amadou Ba pour renverser l’état de l’opinion en sa faveur, il pourra clarifier sa position sur la question du 3ème mandat ».

Mais, selon toujours notre interlocuteur, « dans l’hypothèse où l’opinion est défavorable et que faire du forcing comporte beaucoup de risques, on peut penser que plusieurs candidatures se présenteront dans son camp y compris celle de l’actuel premier ministre, Amadou Ba, tirant profit de son passage à la Primature et de son capital de sympathie en dehors de son parti. Il faut aussi penser à Abdoulaye Daouda Diallo qui est actuellement dans une logique de résistance en déclinant son nouveau poste de directeur du cabinet du Président ».

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