Basket: Hamady N’Diaye, un baroudeur sénégalais à l’Elan béarnais

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A 35 ans, Hamady N’Diaye semble avoir posé au moins temporairement ses valises du côté de l’Élan béarnais Pau-Lacq-Orthez, club mythique pour le basket-ball français. Pour RFI, le pivot sénégalais est revenu sur un riche parcours qui l’a vu partir de Dakar en 2004, pour passer par les Etats-Unis et la NBA, la Chine, le Liban, les Philippines, Israël, l’Espagne, l’Italie et enfin la France.

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Voilà dix-huit mois qu’Hamady N’Diaye a posé ses valises du côté de l’Élan béarnais Pau-Lacq-Orthez, club mythique pour le basket français et c’est quasiment un exploit. Le Sénégalais était en effet rarement resté aussi longtemps au sein d’une même formation, lui qui a évolué dans une quinzaine d’équipes depuis ses débuts professionnels en 2010. « Je suis très bien installé à Pau, explique celui qui y a prolongé son contrat deux fois, en décembre 2020 puis en juin 2021. Je m’y sens bien. J’aime beaucoup les supporters du club. J’aime l’ambiance. Et puis j’ai eu cette expérience de vivre un peu partout à travers le monde ».

Inspiré par les récits de voyage de son père

Le pivot aujourd’hui âgé de 35 ans n’exagère pas. Avant de s’installer en France, à Gravelines-Dunkerque (2019-2020) puis à l’Elan (depuis octobre 2020), il est passé par les Etats-Unis et la légendaire NBA, la Chine, le Liban, les Philippines, Israël, l’Espagne et l’Italie… « L’expérience en Chine est une de celles qui m’a le plus marquée, avance-t-il, lorsqu’on lui demande quel pays l’a le plus touché. J’ai quitté la NBA pour la Chine. C’était deux mondes différents. Je m’attendais à autre chose que ce que j’y ai vécu. C’était une très bonne expérience. En arrivant là-bas, je ne m’attendais par exemple pas à voir des fans aussi passionnés. Un peu comme aux Philippines, qui ont été un de mes pays préférés. En Israël, c’était incroyable. En Italie aussi. J’ai toujours voulu vivre ces choses-là, avec les gens, au lieu de les regarder à la télévision ou à travers des stories ».

Pour se représenter le monde, Hamady N’Diaye n’avait pas besoin d’écran, lorsqu’il était un jeune dakarois. Il suffisait d’écouter son père, employé de la Banque mondiale. « Il y avait les histoires que mon père me racontait lorsqu’il revenait de tous ses voyages autour du monde, se remémore-t-il. Durant ma jeunesse, j’étais vraiment focalisé sur les études pour lui montrer que j’avais vraiment de la valeur. Ce qui comptait pour lui, c’étaient les études et pas trop le sport. C’est pour cela que ça m’a pris tant de temps pour me mettre au basket ».

Vers l’âge de 15-16 ans, l’adolescent s’investit pourtant davantage dans la balle orange, lui qui jouait surtout gardien de but au football pour le plaisir. « J’ai vraiment commencé à pratiquer ce sport pour avoir une bourse et aller aux Etats-Unis », insiste-t-il. En 2004, grâce au programme de détection Basketball Without Borders Africa, Hamady N’Diaye est repéré. Quelques mois plus tard, il laisse sa famille pour le rêve américain.

La NBA n’était pas une fin en soi

Après avoir fini son lycée en Californie, puis des études à la Rutgers University dans le New Jersey, le Sénégalais tente l’aventure dans le plus grand championnat de basket au monde. Une expérience en NBA contrastée : en quatre ans, entre 2010 et 2014, Hamady N’Diaye ne dispute qu’une trentaine de matches avec les Wizards de Washington et les Kings de Sacramento. Le tout entrecoupé de nombreux passages dans l’antichambre de la NBA, sa ligue de développement, ainsi que par des piges dans le championnat chinois. A un moment, ce redoutable défenseur a donc décidé d’arrêter les frais.

« Au moment où j’ai quitté la NBA, je n’avais aucun regret du tout. J’ai apprécié le temps que j’ai passé là-bas, à m’améliorer et à me préparer pour la carrière que j’ai ensuite eue. Ces moments en NBA ont été précieux et m’ont vraiment formé pour l’homme que je suis devenu après, explique-t-il. Pour moi, arriver en NBA n’a déjà pas été facile. Le fait d’être drafté [recruté en 2010, Ndlr] a déjà nécessité un véritable combat. En ces temps-là, c’était encore plus difficile lorsqu’on était un joueur africain ».

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« J’ai décidé de moi-même de ne plus retourner en NBA, poursuit-t-il. J’ai commencé à apprécier le fait de voir le monde. Je voulais aussi commencer à être respecté pour mes talents dans des équipes qui voulaient de mes compétences et au sein desquelles je n’étais pas juste le 15e joueur de l’effectif ».

C’est aussi la période durant laquelle Hamady N’Diaye s’impose avec les Lions de la Téranga. « En 2013, c’était ma première en équipe nationale et on avait réussi à décrocher le bronze à l’AfroBasket et ainsi à se qualifier pour la Coupe du monde. Puis, en 2014, arriver jusqu’en huitièmes de finale du Mondial en Espagne contre les Espagnols, ce sont des souvenirs que je n’oublierai jamais » , lance-t-il.

Transmettre aux plus jeunes

Par la suite, Hamady N’Diaye a décroché une autre troisième place à l’AfroBasket, en 2017, et disputé le Mondial 2019. Cette Coupe du monde en Chine sera-t-elle sa dernière expérience en sélection ou espère-t-il être de l’édition 2023 coorganisée notamment par les Philippines ? « Je ne sais pas comment répondre à cette question, rit-il. Je n’ai jamais annoncé ma retraite internationale. Mais je respecte la direction dans laquelle l’équipe nationale est partie, avec une nouvelle génération ».

La jeunesse, c’est une autre des sources de motivation du globe-trotter. « Je prends encore beaucoup de plaisir à jouer, à gagner les matches et surtout à transmettre mon expérience aux autres joueurs et à la jeunesse, assure-t-il. C’est très important pour moi. Je travaille beaucoup pour la génération suivante, même si je n’ai pas encore décidé quand est-ce que je vais m’arrêter ».

Il conclut, à quelques semaines de la fin du Championnat de France : « Le basket-ball m’a amené tout autour du monde. J’ai pu vivre dans différentes cultures et mondes. Vivre avec des gens avec lesquels je n’aurais jamais pu imaginer vivre lorsque j’étais au Sénégal. C’est quelque chose que j’apprécie toujours : rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures et pouvoir vivre des choses qui, lorsque j’étais un jeune au Sénégal, ne faisaient pas trop partie de notre imagination. Pouvoir faire le tour du monde, comme je l’ai fait, et pouvoir vivre ce que j’ai vécu par le basket est vraiment quelque chose qui qualifie un peu ma carrière et que j’aime du fond du cœur. »

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