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[Tabaski] « Sugar Daddy », « Mamy » : « Le mbarane » explose

On ne le dit pas assez. La fête de Tabaski est une vraie équation pour les jeunes filles. L’obsession de couvrir leurs dépenses en habillement, coiffure, pédicure, manucure… les pousse à tout. Elles sortent avec plusieurs copains, juste pour boucler leurs charges. Cet amour mercantile en vogue est justifié par les unes et dénoncé par les autres. D’ailleurs, les filles accusent les hommes d’être les premiers responsables du « Mbarane », une relation amoureuse fondée sur l’argent. Certains jeunes hommes profitent aussi des femmes pour couvrir leurs dépenses.

La Tabaski n’est pas seulement un casse-tête pour les chefs de ménage. C’est vrai qu’ils doivent acheter le mouton, les condiments, les habits pour toute la famille si les moyens le permettent. Mais à côté, des filles se mettent aussi sous pression. L’obsession d’apparaître sous ses beaux atours pousse certaines à tout y compris au « Mbarane » (une ruse qui consiste à collectionner des amoureux dans le but de les soutirer de l’argent). L’amour mercantile est à la mode dans notre société. Mais elle est en vogue à l’approche des fêtes comme la Tabaski. Ces filles sont prêtes à tout avoir une pédicure, manucure, la coiffure, avec les accessoires, la coiffure, sans bourse déliée.

Rencontrée au marché Liberté 6, Maïté une jeune étudiante à l’ISEG use cette ruse depuis qu’elle a 16 ans. « Pour satisfaire mes besoins et être plus tendance, plus chic que mes amies, je sors avec 4 à 5 personnes à la fois et la plupart sont des tailleurs, commerçants, des chauffeurs, des esthéticiens, un fonctionnaire. Je fais du ‘’mbarane’’ juste pour éviter d’être la risée du quartier », déclare-t-elle.

L’étudiant ne manque pas d’arguments pour justifier ce moyen de se maintenir en forme, d’être en permanence dans le paraître. La jeune fille de 26 ans affirme, sans sourciller, que les femmes sont tenues d’être tout le temps belles. Et, cela nécessite beaucoup de moyens. Si, cette pratique est en vogue, elle pense aussi que les filles ne sont pas les seules responsables. « Les hommes aiment les femmes très belles qui prennent soin d’elles et pour ce faire, il nous faut de l’argent. C’est pour dire qu’avec un seul homme, on y arrive difficilement. Au Sénégal, il y a beaucoup de filles et elles sont toutes très belles, donc la concurrence est rude. Ce qui nous pousse à vouloir avoir beaucoup d’argent pour satisfaire nos besoins et appâter les hommes», justifie-t-elle.

Des bailleurs pour une bonne fête

Le « Mbarane » prend de l’ampleur à l’approche des fêtes. Ce constat est partagé. Mais il est expliqué et justifié par des personnes comme Ndèye Seynabou Thiam. Cette dernière est esthéticienne et employée dans un salon sis à Ouakam. « Les parents ne peuvent pas prendre en charge toutes leurs préoccupations (Besoins en habillement, produits cosmétiques entre autres) », analyse l’esthéticienne. Elle reconnaît que pour beaucoup de filles, il est hors de question d’avoir un copain qui n’est pas en mesure de subvenir à ses besoins basiques. « Il est hors de question, de sortir avec un cas social, quelqu’un qui ne peut rien nous apporter au plan financier. Car dans notre tradition au Sénégal, l’homme doit prendre soin de la femme, et veiller à ce qu’elle ne manque de rien. Et c’est pour cela qu’à l’approche des fêtes comme celle de la Tabaski, il est fréquent de voir des filles faire du ‘’mbarane’’ et trouver des bailleurs pour passer une bonne fête », confie-t-elle.

Pour se tirer d’affaire, certaines collectionnent des copains pour être pour boucler des dépenses. Beaucoup de filles jettent leur dévolu sur des tailleurs pour résoudre leurs dépenses liées à l’habillement. « Certaines filles se trouvent un copain tailleur pour être dispensées de l’habillement. Un autre mec peut se charger de payer les cheveux naturels ou greffages, et un autre peut gérer les autres frais supplémentaires », révèle Sokhna Guèye, gérante d’une boutique de prêt-à-porter sise aux Parcelles Assainies.

Bien que le ‘’Mbarane’’ soit une ruse qui marche et qui permet à beaucoup de femmes de satisfaire leurs besoins, cette pratique comporte des conséquences car ces jeunes filles sont souvent considérées comme des femmes Object pour ne pas reprendre l’expression de l’artiste féministe Coumba Gawlo Seck. A moins qu’elles ne trompent sur des hommes non futés. «Cela peut dépendre de l’homme s’il n’est pas très futé, il donnera son argent et n’aura rien de la fille, par contre s’il est branché ou ‘’nandité’’, il n’y aura pas de gratuité. Certains hommes, s’ils vous financent, ils peuvent vous faire des propositions indécentes ou même vous menacer », témoigne la jeune mariée.

Cette obsession de se faire belle à tout prix n’est pas tolérée. Au contraire. Elle est dénoncée par des personnes comme Fana Samb. «La dignité est une valeur importante chez une personne surtout la femme. Une fille bien éduquée dans la dignité et la retenue ne peut pas se permettre de s’adonner à cette pratique, même si les temps sont durs. Mais cela ne doit pas être un alibi, on peut être issu d’un milieu modeste et garder sa dignité », objecte Fana Samb. Elle conseille aux filles de cultiver la dignité et le travail. Pour elle, une femme ne peut compter éternellement sur la beauté qui est éphémère pour vivre et se faire belle.

La responsabilité des parents

Cet avis est partagé par le tailleur Seydou Sow, trouvé dans une gargote en train de se délecter de son petit-déjeuner. D’après lui, il s’agit d’une dégradation des mœurs. A ce propos, il estime que les parents sont les principaux responsables. «Les jeunes filles y compris des femmes mûres sénégalaises de nos jours n’ont plus la tête sur les épaules, tellement qu’elles sont dominées par leur passion. Et cela découle d’un manque d’éducation de base. Les parents n’inculquent plus de valeurs à leurs enfants. La conséquence, ce sont des grossesses non désirées, les cas d’avortements voire des infanticides », regrette Seydou Sow. Il enchaîne avec des confessions : « Il n’est pas rare de voir, nous , tailleurs en ces périodes de fête, profiter des filles. Beaucoup d’entre elles n’ont pas de quoi payer la confection de leurs boubous. C’est lamentable, mais c’est la réalité».

Pourtant des hommes y trouvent leur compte. Du moins, c’est ce que semble dire, Modibo Diakhaté lorsqu’il déclare : « nous sommes des adeptes du Mbarane bien plus que certaines filles aujourd’hui. Par exemple, moi et mes amis, nous sortons avec des personnes plus âgées que nous. Parfois, il arrive qu’elles soient plus âgées que nos parents mais pour nous l’âge ne compte pas dès l’instant, qu’elles parviennent à satisfaire tous nos besoins » raconte–t-il.

Ce dernier, il a 3 copines et chacune d’elles est consciente de son infidélité. Malgré cela, elles restent avec lui. Le bonhomme a créé une concurrence qui fidélise ses trois copines.

Aujourd’hui, il ne reste qu’au mannequin de 22 ans, de se procurer une voiture de luxe pour se balader le jour-j, histoire d’épater ses amis. On lui a déjà dispensé des dépenses pour les habits. On lui a déjà donné de l’argent de poche.

Quand les sugar Daddy et Mamy entrent dans la danse

Il faut savoir que de nos jours, ce ne sont pas uniquement les jeunes qui s’adonnent au ‘’Mbarane’’. Les personnes du troisième âge font également cette pratique, mais d’une autre manière.

Communément appelé sugar Daddy ou Mamy, le ‘’Mbarane’’ est devenu une monnaie courante. Elle est répandue chez les personnes d’une cinquantaine d’années qui le font juste pour attirer les jeunes et ainsi assouvir leurs fantasmes (désirs, libido).

Le quinquagénaire du nom Emmanuel trouvé dans une boutique de lingerie fine, en train d’acheter des nuisettes pour sa compagne ne nie pas les faits. Ce vieux adore la peau fraîche raison pour laquelle, il a fait son choix sur une fille plus jeune que sa femme. « Elle a à peine 20 ans, la peau ferme contrairement à ma femme. Je ne peux prendre une deuxième épouse. C’est pour cela que je sors avec les jeunes hommes ou femmes, cela n’a aucune différence puisque je suis  »pan sexuel » (quelqu’un qui aime les filles ainsi que les garçons) », avoue-t-il.

Cet étranger est pourtant conscient que ces jeunes ne l’aiment pas et ne sont avec lui que pour son argent. Mais, l’essentiel est qu’ils répondent à ses appels, messages et qu’ils soient présents à cas de besoin. Il ajoute: « je veux juste sentir leurs peaux lisses, pouvoir les toucher s’ils sont d’accord bien sûr car cela ne permet de me sentir « jeune » ».

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