Ingénieur géomètre-topographe, maire de Keur Massar Nord et doctorant en sciences géomatiques à l’Université Laval, au Canada, Adama Sarr prend les commandes de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT). Entre expertise foncière, responsabilités administratives, engagement municipal et expériences internationales, son parcours dessine le profil d’un technicien devenu acteur de la gestion territoriale. À la tête de cette structure stratégique, il affiche une ambition : associer modernité et rigueur pour repenser la gestion des territoires sénégalais.
Connaître un territoire, c’est d’abord savoir le lire, le mesurer et comprendre ses mutations. Des opérations cadastrales à la gestion des collectivités territoriales, Adama Sarr a progressivement construit un parcours au croisement de la technique, de l’administration et de l’action publique. Une trajectoire qui le conduit aujourd’hui à la tête de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT).
Sa nomination a été annoncée lors du Conseil des ministres du mercredi 28 octobre 2026, présidé par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Il succède ainsi à Tidiane Sidibé à la direction de cette structure chargée d’accompagner la planification et l’organisation du territoire national.
Du cadastre aux responsabilités nationales
C’est au sein de la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) qu’Adama Sarr forge une bonne partie de son expérience professionnelle. En octobre 2014, il entame son parcours dans l’administration foncière comme chef du bureau du cadastre de Mbour, fonction qu’il occupe jusqu’en septembre 2017.
Il poursuit ensuite sa carrière à Tambacounda, où il dirige le bureau du cadastre de septembre 2017 à février 2020, avant de rejoindre Kolda en mars 2020. Il y exerce les mêmes responsabilités jusqu’en septembre 2021.
Ces différentes affectations lui permettent de travailler au contact des réalités foncières et territoriales, avec des missions qui mobilisent aussi bien les compétences techniques que les capacités de gestion administrative. Encadrement des équipes, suivi des plans de travail, évaluation des performances et production de rapports techniques, administratifs et financiers font partie de ses responsabilités.
Son expérience dépasse toutefois les frontières de l’administration sénégalaise. Depuis 2013, il intervient comme consultant auprès du Global Land Tool Network (GLTN), une initiative portée par ONU-Habitat autour des questions foncières. Depuis 2015, il est également médiateur bénévole au sein de Mediators Beyond Borders International.
Son parcours l’a ainsi conduit à prendre part à différentes expériences et collaborations internationales, notamment en Ouganda, en Corée du Sud, en Italie, au Nigeria et à Singapour. En mars 2025, il effectue notamment un stage au Centre for Liveable Cities de Singapour, une expérience consacrée aux enjeux de la planification et du développement urbains.
Un ingénieur entre savoir technique et formation continue
Cette trajectoire professionnelle repose sur une formation universitaire orientée vers les sciences géomatiques et la gestion du territoire. Adama Sarr est titulaire d’une licence professionnelle et d’un master en géomètre-topographe obtenus à l’Université de Thiès.
Depuis septembre 2021, il poursuit également un doctorat en sciences géomatiques à l’Université Laval, au Canada. À cette formation s’ajoute un master en Défense, paix et sécurité obtenu au Centre des hautes études de défense et de sécurité (CHEDS), à Dakar, en juillet 2023, avec la mention « Assez bien ».
Ses domaines de compétence couvrent notamment la cartographie, les systèmes d’information géographique, le foncier, l’urbanisme et les questions juridiques liées à la gestion des territoires et à la prévention des conflits.
Son profil est aussi marqué par une expérience dans l’enseignement. Entre 2014 et 2016, il intervient dans des établissements d’enseignement supérieur, notamment à l’Institut des sciences de la Terre de l’UCAD et à l’Université de Thiès, où il dispense des enseignements en topographie et en dessin assisté par ordinateur.
Keur Massar Nord, l’autre versant du parcours
À côté de son itinéraire de technicien et de cadre de l’administration, Adama Sarr s’est également construit une expérience politique et municipale. En février 2022, il est élu maire de Keur Massar Nord, une commune confrontée à d’importants défis liés à son développement urbain et à la croissance de sa population.
À la tête de cette collectivité, il découvre les exigences concrètes de la gestion locale : répondre aux besoins des habitants, accompagner l’organisation de l’espace communal et faire face aux difficultés liées à l’urbanisation.
Cette responsabilité lui offre un autre regard sur les enjeux de l’aménagement du territoire. Entre les contraintes du terrain et les attentes des populations, l’action municipale constitue un prolongement de son expérience professionnelle dans le domaine foncier.
Un parcours politique entre engagement, divergences et nouvelle ambition
Au-delà de ses responsabilités municipales et de son expertise professionnelle, Adama Sarr s’active également sur le terrain politique. En 2024, lors de la campagne présidentielle, le maire de Keur Massar Nord s’engage aux côtés de la coalition Diomaye Président. Il apporte alors son soutien au ministre de l’Hydraulique, Cheikh Tidiane Dièye, au sein de sa formation politique, Avenir Sénégal Bi Nu Bëgg.
Mais l’arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe dirigeante est suivie de divergences politiques entre les deux hommes. Une situation qui finit par éloigner le maire de Keur Massar Nord de cette formation. Dans une lettre adressée à Cheikh Tidiane Dièye, Adama Sarr annonce son retrait de toutes ses fonctions internes au sein du parti, ainsi que de son affiliation active.
Il justifie cette décision par la nécessité de faire coïncider ses principes avec son engagement politique. « Cette décision procède non d’un désengagement, mais d’une exigence d’harmonie entre le principe et l’action, entre l’idéal proclamé et sa réalisation pratique », écrit-il.
Dans ce courrier, il revient également sur la place des responsables de terrain au sein des organisations politiques, estimant que la reconnaissance, le respect et la confiance mutuelle sont indispensables à leur cohésion.
« Je ne formule ici ni récrimination, ni exigence. Je constate, en analyste de la dynamique des forces, que notre convergence opérationnelle n’est plus optimale », précise-t-il, avant d’affirmer vouloir libérer Avenir Sénégal Bi Nu Bëgg et son allié, le PASTEF, de toute obligation envers sa personne.
Cette prise de distance ne signifie pas pour autant un retrait de la scène politique. Le 16 mai 2026, Adama Sarr franchit une nouvelle étape avec le lancement officiel de son mouvement politique baptisé « Réforme ». À travers cette nouvelle plateforme, le maire entend porter une offre politique articulée autour des réformes, de la stabilité et du développement territorial.
Un engagement qui témoigne de sa volonté de poursuivre son parcours politique en dehors de son ancienne formation.
Modernité et rigueur pour repenser les territoires
Désormais à la tête de l’ANAT, Adama Sarr entend mettre son expérience technique et ses connaissances au service d’une vision de l’aménagement du territoire tournée vers l’avenir.
« Je compte associer modernité et rigueur », affirme-t-il. Son ambition est notamment d’intégrer les nouvelles technologies géospatiales dans la planification territoriale, afin de contribuer à une meilleure gestion des espaces et de préparer les territoires aux besoins des générations futures.
Il résume cette orientation par une ambition plus large : « Cartographier tous les secteurs de la vie pour offrir aux Sénégalais un cadre de vie idéal aujourd’hui et demain ! »
Entre expertise cadastrale, responsabilités locales, formation universitaire et expériences internationales, le nouveau directeur général arrive ainsi à la tête de l’ANAT avec un profil marqué par la connaissance du terrain et des outils de planification. Reste désormais à traduire cette expérience et cette ambition en politiques concrètes, dans un pays où les défis de l’urbanisation, de l’équilibre territorial et de l’accès équitable aux services demeurent considérables.

