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Pape Alé Niang : Trajectoire d’un “rebelle”

Unis comme un seul homme, les professionnels des médias se sont donnés la main pour faire face « aux tentatives d’intimidation et de musellement de la presse ». Pour eux, « la liberté de presse, d’investiguer et d’informer n’est pas négociable ». Un regain de solidarité depuis l’arrestation du journaliste Pape Alé Niang. Une arrestation qui ne surprend guère l’intéressé. qui semblait s’y être préparé. « Ils ont déclenché l’opération d’élimination progressive pour faire le vide et espérer réussir leur funeste projet. En ce qui me concerne, je me suis préparé en conséquence pour la confrontation », écrivait-il quelques jours avant sa mise en position de garde-à-vue à la Sûreté urbaine.

Le combat est mené jusqu’au bout : le motif est valable. Son dossier est estampillé «divulgation de documents militaires sans autorisation de la hiérarchie de nature à nuire à la défense national, appel à la subversion, recel et diffusion de documents administratifs estampillés secret et propagation de fausses nouvelles ». Des délits de presse. Sa libération « immédiate et sans conditions » est réclamée. Regroupés autour de la Coordination des associations de presse (CAP), les acteurs rappellent à l’État du Sénégal le respect de la Constitution notamment en ses articles 8 et 10 mais aussi ses engagements internationaux relatifs à la dépénalisation des délits de presse. Pis, ils s’insurgent contre la tendance répressive et la diabolisation de la presse, autant par le pouvoir que par l’opposition.

Le journalisme et la politique

Pape Alé Niang a appris la leçon depuis longtemps. Alors qu’on était à l’approche de l’élection présidentielle de 2012, le journaliste fonde sa mission sur l’humilité et la responsabilité. « Le sens de l’humilité est fondamental chez un journaliste. Quand je fais une émission, je recueille même l’avis du caméraman pour m’améliorer. Celui de la responsabilité, c’est comment délivrer une information, parce qu’on est dans une période proche de l’élection présidentielle. Il y aura une forte dose de manipulation de part et d’autre », avait-il reconnu. C’était en 2011. L’homme s’explique : « Si, tu parles avec les gens de l’opposition, ils disent que tu es contre eux. Vous attaquez le pouvoir, ils sont contents. Mieux, ils sont vos amis ». A l’en croire, si un homme politique se fâche contre lui, cela le laisse indifférent. « Je n’ai pas peur de cela pour la bonne et simple raison que dans nos relations sympathiques, cet homme a beaucoup plus à gagner que moi », lance-t-il.

De son avis, l’homme politique qui donne une information a toujours un intérêt à défendre. Non sans préciser que ce n’est pas seulement le politicien, mais tous les pouvoirs, qu’il soit économique, religieux etc. D’après lui, les deux parties doivent conserver les relations amicales dans la mesure où nous sommes dans le même champ. « Ils ont besoin de nous et vice-versa. Et, ce n’est pas pour transgresser outre mesure les lois et les règles de la profession que sont l’équilibre de l’éthique et de la déontologie. De plus, on apprend toujours en journalisme », fait-il savoir.

PAN, un assoiffé de connaissances

Taquin, l’ancien journaliste à la 2STV est un professionnel. Un perfectionniste qui « s’excite dans le travail ». Il a vu le jour le 24 octobre 1974 à Dakar. Son enfance, il l’a passée entre Grand-Yoff et Rufisque. Après le BAC décroché au Lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque, Niang part à l’UCAD pour suivre des études en sociologie jusqu’à l’obtention de son DEA. Puis, il s’inscrira à l’ISSIC pour un diplôme d’études supérieures en journalisme et en communication. Et de préciser : « Al’ISSIC, c’était pour faire un diplôme d’études supérieures en communication politique parce que je me suis très tôt intéressé à la politique. Mais, dès que Abdou Latif Coulibaly a vu notre groupe, il nous a dit que nous avions des talents de journalistes. Après, je suis retourné dans cette école, pour avoir bénéficié d’une bourse de Sud pour faire une étude spécialisée en communication ».

Le patron de Dakar Matin ne s’arrêtera pas à ce niveau. Passionné par son métier, il saisit la moindre occasion pour enrichir ses connaissances. Sa soif d’apprendre est insatiable. Toujours à la recherche du savoir, Pape Alé Niang emprunte à nouveau le chemin de l’université pour des études en sciences politiques à la faculté de Droit. Un défi qu’il ne va pas relever. Pour cause : les aléas de la télévision. « C’était lourd », avoue-t-il. Pourtant avant ce médium, le journaliste a fait de la presse écrite à « Performances Magazine », juste après sa maîtrise en Sociologie. Il atterrit à la radio Sud Banlieue. « Abdou Latif Coulibaly, alors directeur de Sud Fm, a voulu mettre une radio dans la banlieue en 2000. J’ai passé trois mois à Sud Banlieue avec les Ndèye Marième Ndiaye, Ndèye Khady Diop, Amadou Salif Tall, Malick Ndiaye, Isseu Niang», explique-t-il. Ensuite, il rejoint la rédaction centrale, suite à une demande formulée par le directeur. De là naîtra son histoire avec la revue de presse. « Je suis venu en tant que reporter. Et, il y avait Abdoulaye Cissé qui faisait déjà la revue de presse. Lorsqu’il est parti, Omar Diouf Fall, devenu directeur de la boite, m’a demandé de le remplacer. Par la suite, j’ai imprimé une marque sur la revue de presse », affirme-t-il, tout fier.

«Moi, Sud Fm, 2STV et Zik Fm »

Après sept années passées à Sud Fm, il rompt les amarres. « J’ai quitté Sud après l’élection présidentielle de 2007. C’est très bien de faire la revue de presse, mais si tu n’as plus la passion de le faire comme avant, ce n’est plus la peine. Je n’ai pas abandonné Sud-Fm sur un coup de tête, c’était bien mûri. J’ai voulu tenter autre chose parce que quand tu as 7 ou 8 ans dans un métier, il faut changer ; et je suis tombé sur la télé », racontet-il. Avant de faire remarquer : « Il y avait une image sur Pape Alé avec la revue de presse, mais, actuellement, il y a une autre image qui se dégage avec les émissions. J’ai montré à l’opinion que je sais faire autre chose. Ce sont des challenges ».

C’est en 2007 qu’il a déposé ses baluchons à la 2Stv où il a vécu plusieurs expériences. « J’étais chargé de piloter la télé devenue généraliste. Donc, j’ai été le rédacteur en chef qui a amené l’information, fait le premier plateau politique. Dans la rédaction, j’ai eu à faire le premier journal. C’était un premier décembre coïncidant avec la journée mondiale de lutte contre le sida. J’ai décroché l’interview d’une femme séropositive et je l’ai amenée près de la plage BCEAO, vers 19 heures 30 », s’enorgueillit-il. Aujourd’hui, le journaliste n’est plus intéressé par la gestion quotidienne de « ces histoires » puisqu’il n’a « plus le temps ».

Selon lui, «pour faire de la créativité dans le journal, il faut prendre du recul». De ce fait, il a envie de faire de grandes émissions, de grands reportages dans le pays et n’importe où dans le monde, être un grand journaliste. Toutefois, Pape Alé Niang, qui animait les émissions comme Pile ou Face, Décryptage, la Grande Interview et Ça me dit Mag avec l’animatrice Keb’s Thiam, a une fois eu des accrochages avec son patron. Il raconte : « J’ai fait une émission Pile ou Face avec Latif Coulibaly qui avait sorti un livre et le patron ne voulait pas que ça passe. Il y a eu des problèmes entre nous. Je suis parti avant de revenir car des personnes ont voulu que je reprenne mes « bébés » (NDLR : Ses émissions), même si j’avais d’autres propositions plus alléchantes». D’après lui, ce n’est pas l’argent qui le retient dans ce métier.

En outre, le journaliste assurera, en même temps, la revue de presse à la radio Zik Fm. « Bougane Guèye Dany m’avait demandé de l’appuyer. Je ne faisais que la revue de presse du français, car c’est plus vivant. Mais il n’était pas exclu que j’y anime une émission. Je suis passionné de radio. Je me réveillais chaque jour à 5 heures 30 du matin et à 6 heures j’étais déjà à Zik Fm», avait indiqué le présentateur qui avait, à son compteur, « plus de dix émissions déjà conceptualisées. «J’attends l’opportunité de les réaliser », renseigne-t-il.

«Je n’aime pas faire du mal, c’est pourquoi, on me poignarde souvent dans le dos. Mais, maintenant»

Réputé être un «pro » Pastef /Les patriotes, le parti politique dirigé par le farouche opposant de Macky Sall, Ousmane Sonko, il gère «Dakar Matin» avec le courage en bandoulière. Le reporter n’a peur de rien. Il marche sur le terrain «des révélations de scandales». Sa cible est connue.

Par ailleurs, Pape Alé Niang estime que, de nos jours, la génération de journalistes a une grande chance. En effet, déclare-t-il, « en un temps assez réduit, on a eu beaucoup d’expériences sous le régime de l’alternance (Abdoulaye Wade). Il y a des journalistes qui ont fait 15 ans dans la profession avant d’aller à la Division des investigations criminelles (DIC). Nous, on y est allé plus de 4 fois déjà. En sus, on connaît les affres d’être en bisbilles avec notre patron de presse, avec un confrère qui te veut du mal…, de telle sorte qu’on capitalise tout à la fois ».

Des expériences qui ont forgé son caractère. De nature indulgente auparavant, le journaliste a changé. « Je n’aime pas faire du mal, c’est pourquoi, on me poignarde souvent dans le dos. Mais, maintenant je suis devenu méchant», avertit-il. Devrait-on le prendre au sérieux ?

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