Poursuivi pour trafic de visas et escroquerie, le voyagiste Mansour Dia porte plainte à son tour contre «l’ami du consul de Belgique» à Dakar

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Si le tribunal suit le Procureur dans son réquisitoire, le sieur Mansour Dia, voyagiste de son état, pourrait purger une peine de six mois de prison ferme. Il est poursuivi par le commerçant Ibrahima Kambaye pour trafic de visas et escroquerie. C’est un double procès que cette affaire a provoqué, avec deux parties civiles traînées comme prévenus à la barre et un troisième larron qui sera jugé à Dakar, après la plainte du voyagiste qui a flairé du faux dans le visa avec lequel le commerçant devait embarquer pour la Belgique.

C’est un scénario assez rocambolesque qui se joue sous nos yeux, constate « Le Témoin ». Pour un procès, deux protagonistes sont à la fois parties civiles et prévenus. Il s’agit des nommés Ibrahima Kambaye et Mansour Dia. Dans cette affaire, trois personnes sont impliquées mais à l’arrivée, les deux seules sont à la fois parties civiles et prévenus. Matar Sall, alias Maurice, qui se faisait passer pour un proche du Consul de Belgique, fera face au juge à Dakar.

Il est considéré comme le cerveau de cette vaste entreprise de faux. Tout a démarré lorsque Ibrahima Kambaye, visitant la page Instagram de Mansour Dia, y découvre que ce dernier propose aux clients des prestations en assistanat pour l’obtention du visa. De fil en aiguille, un contact est établi avec le voyagiste qui lui signifie qu’il a la possibilité de lui faire délivrer un passeport avec visa pour un voyage sur la Belgique. L’accord conclu, Ibrahima devait remettre 3.500.000 FCfa incluant le billet d’avion, à Mansour Dia.

Ce dernier qui travaille dans le secteur des agences de voyages, est mis en relation avec un homme présenté comme étant très proche du Consul de Belgique. En tout, 14.800.000 francs Cfa ont été remis au « démarcheur » par le voyagiste pour huit demandes de visas. A l’arrivée, sept passeports ont été retournés au « consul » pour des constats de faux sur lesdits documents. Et Mansour Dia avait exigé dès lors à son partenaire, un remboursement intégral des sommes qui lui avaient été remises. C’est ainsi que, flairant un sale coup de ce partenaire, Mansour Dia avait pris la précaution de dire à son client Ibrahima Kambaye, de s’abstenir de tenter de voyager avec son passeport, jusqu’à ce que les soupçons de faux qu’il avait soient levés.

Une rocambolesque histoire de faux

Hélas, refusant d’écouter le voyagiste, le candidat au voyage s’est présenté à l’aéroport international Blaise Diagne pour embarquer. Malheureusement pour lui, il a été arrêté par les éléments de la Police des Airs et des Frontières (PAF), qui ont décelé du faux dans son passeport comme dans le visa qui y a été apposé. Pendant ce temps, Mansour Dia, craignant d’être inquiété et pour entrer en possession des sommes remises à son partenaire, a porté plainte contre ce dernier à la Section de Recherches de la Gendarmerie.

C’est au moment où il était venu faire sa déposition à la caserne Samba Diéry Diallo de Colobane, qu’il a été joint au téléphone par Ibrahima Kambaye, arrêté par les policiers de l’AIBD et cherchant à lui mettre la main dessus. Piégé à la sortie des locaux de la Gendarmerie de Colobane, il est interpellé lui aussi et gardé à vue. Il sera, à la suite de l’enquête, déféré au parquet de Mbour au même titre que son coprévenu et ancien client.

A la barre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Mbour hier mardi, Mansour Dia s’est longuement employé à prouver son « innocence », rejetant tout sur le dos du nommé Matar Sall, qui lui avait fait croire qu’il était capable de lui trouver en un temps record, des passeports pour ses clients. Mais le procureur a vite balayé l’argumentaire du prévenu, estimant que bien qu’il prétende n’avoir jamais rencontré Matar Sall, il était de mèche avec ce dernier. Pour le maître des poursuites, le prévenu était bel et bien au courant du caractère délictuel des agissements de son associé.

En plus, il a été incriminé pour l’établissement de deux faux tests Covid (PCR) par deux de ses clients de nationalité ivoirienne. Pour toutes ces raisons, le procureur a demandé au tribunal de condamner le prévenu à une peine de deux ans de prison, dont six mois ferme pour les délits de trafic de visas et escroquerie. Pour l’autre prévenu, Ibrahima Kambaye, le procureur a requis une peine de six mois assortie du sursis. Un prévenu qui réclame 3 millions FCfa de dommages et intérêts à son coprévenu Mansour Dia ! L’affaire est mise en délibéré pour le 17 mai. Mansour Dia, n’en a pas fini avec la justice devant laquelle il a traîné, à Dakar, cette fois-ci, Matar Sall, le faux agent du consulat de Belgique. Ce dernier a en effet été arrêté et déféré au parquet, dans cette sordide affaire d’escroquerie au visa.

Ndèye Fatou Kébé

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