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Sénégal. 2.000 milliards de FCFA transférés en un an: entre soutien de famille et investisseur, quel rôle pour la diaspora?

Ils vivent à des milliers de kilomètres de leur terre natale, mais une partie de leurs revenus continue de faire vivre le Sénégal. Reste à trouver la potion pas si magique que ça pour investir dans des secteurs clés sans priver les familles restées au pays de cet argent dont elles ont tellement besoin.
Derrière chaque transfert d’argent provenant des membres de la diaspora sénégalaise estimée entre 2,5 et 3 millions d’âmes, il y a une famille à soutenir, des factures à régler, des projets à financer. Et souvent, des sacrifices que les chiffres ne racontent pas.

Pour Idrissa Samb, émigré sénégalais, la plus grande récompense reste le bonheur de savoir sa famille à l’abri du besoin, même si cette solidarité a parfois un coût considérable. «La plus grande satisfaction d’un émigré sénégalais, c’est de gagner de l’argent et de pouvoir en envoyer une partie à sa famille. Une fois que nous l’avons fait, nous sommes heureux et soulagés. Tout ce que nous gagnons, c’est aussi pour notre pays. La preuve, lorsque nous rentrons au Sénégal, nous arrivons souvent les poches pleines. Mais au moment de repartir, il ne nous reste presque plus rien. Nous devons tout recommencer à zéro. Aujourd’hui, avec les difficultés que nous rencontrons, l’État devrait aussi nous accompagner et nous soutenir.»

Une solidarité familiale qui, multipliée par des milliers de parcours individuels, devient une véritable force économique.Selon des données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) rapportées par l’Agence de presse sénégalaise, les transferts de la diaspora ont atteint 2.211 milliards de francs CFA en 2024, soit environ 3,37 milliards d’euros.

Une manne financière qui soutient les ménages, mais contribue également à l’activité de plusieurs secteurs de l’économie nationale.Pour le journaliste Moussa Pouye, l’apport des Sénégalais de l’extérieur dépasse largement les simples transferts destinés à la consommation familiale: il se traduit aussi par des investissements dans des secteurs essentiels. «Les Sénégalais de l’extérieur investissent dans le bâtiment, l’agriculture, la pêche et les services. À travers leurs transferts d’argent, ils injectent également des sommes considérables dans le circuit financier du pays. Ces ressources permettent de financer des entreprises créées par des membres de la diaspora», explique t-il.

Un soutien devenu structurel pour l’économie sénégalaise. Selon un rapport du Fonds international de développement agricole publié en septembre 2026, les envois de fonds des migrants représentent environ 11% du produit intérieur brut. Une contribution qui soulève toutefois une question: comment faire de cette solidarité financière un véritable levier de création d’emplois et de richesses durables?
L’économiste Souleymane Astou Diagne invite les pouvoirs publics à mettre en place des mécanismes capables d’orienter cette épargne vers l’investissement productif. «La diaspora sénégalaise joue un rôle éminemment important dans le développement de l’économie nationale, notamment à travers les envois de fonds qui représentent environ 11% du PIB, soit plus de 2.000 milliards de francs CFA, soit plus de 3 milliards d’euros. La contribution de la diaspora est supérieure à l’aide publique au développement. Il serait donc pertinent de réfléchir à des mécanismes structurels permettant d’orienter ces ressources vers des secteurs productifs», explique l’économiste.

Au-delà des milliards transférés, un défi demeure: transformer cette générosité en investissements durables, sans oublier les besoins immédiats des familles. Car si les Sénégalais de l’extérieur n’ont jamais cessé d’aider leur pays, la question est désormais de savoir comment leur pays peut mieux les aider à investir.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
afrique.le360.ma

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Journaliste chez Tukki, spécialisé dans l'actualité sénégalaise.

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