“Touche pas à mon lion”, nouvelle devise nationale (Par Adama NDIAYE)

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“Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je trouve ça choquant. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ça”

Bill Shankly, manager de Liverpool


Les Sénégalais ne sont, pratiquement,  d’accord sur rien. Rappelons quand même qu’il y a eu polémique après l’entrée du cëbbu jen national au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Dans ce pays où tout est source de débats et d’opposition, les “Lions”, du moins depuis leur épopée glorieuse entre Bafoussam et Yaoundé, et leur qualification époustouflante pour la coupe du monde 2022, font l’unanimité autour d’eux.  À ce titre ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Idrissa Gana Gueye – le joueur du PSG aurait refusé de jouer le match Montpellier-PSG pour ne pas s’associer à la Journée de lutte contre l’homophobie- a réussi à mettre d’accord Macky Sall, Abdoul Mbaye, Mamadou Lamine Diallo et toute la palette d’activistes que compte le pays. À quelques nuances près, tout le spectre politique et médiatique s’est joint au chœur pour protester contre les demandes de sanctions contre Gueye de certains responsables politiques français et d’associations de défense des droits de l’homme. Le hashtag “JesuisIdrissaGanaGueye” est  très largement relayé sur les réseaux sociaux et une pétition, initiée par le Collectif “Non à l’hétérophobie”, a également été lancée.

Il n’a manqué qu’un sit-in ou une bonne vieille  marche de soutien pour que cette formidable “mobilisation” soit complète…Mais trêve d’ironie.

Ce qu’illustre cette affaire, au-delà du rejet massif de l’homosexualité par la société sénégalaise, c’est l’amour et la reconnaissance incondionnels que le public voue aux lions. Avant Idrissa Gueye, Sadio Mané et Édouard Mendy, pour des affaires bien différentes, ont bénéficié du même élan de soutien.

Prenons le cas Sadio Mané. Les Sénégalais crient leur indignation sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision à chaque fois qu’il est écarté de la course pour un trophée individuel. Au demeurant sympathiques, ces protestations peuvent prendre une tournure lunaire  lorsque certains suggèrent sérieusement que le joueur de Liveropool est la victime d’une conspiration internationale mêlant racisme, haine du Sénégal ou discrimination contre l’Afrique. À ce propos, la dernière sortie du Directeur Technique National, Mayacine Mar, affirmant que les “gens (qui ?) useront de tous les subterfuges pour l’écarter du Ballon d’or” (https://www.seneweb.com/news/Sport/meilleur-joueur-de-premier-league-le-cou_n_378793.html) me semble emblématique de ce climat bon enfant qui vire quelque fois au chauvinisme délirant.

Toujours est-il qu’il ne faut pas toucher à l’enfant de Bambali. Jürgen Klopp reçoit une volée de bois vert chaque fois qu’il a l’audace de sortir le héros national en cours de match.

Pour avoir eu l’outrecuidance de se comparer à Sadio Mané, l’ailier de Newcastle, Allan Saint-Maximin, a également eu droit au courroux des Sénégalais.

“Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je trouve ça choquant. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ça”, disait le légendaire manager de Liverpool, Bill Shankly.

À voir l’amour passionnel que vouent les Sénégalais à leurs lions, on peut dire que l’entraîneur écossais avait vu juste.

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